Une histoire très française

L’ALMANACH OBERTHUR : LA NAISSANCE D’UN SAVOIR-FAIRE

Bienvenue sur la page dédiée à l’almanach du facteur, produit iconique que l’on retrouve dans de nombreux foyers. L’almanach, comme vous le savez sûrement déjà, est un calendrier distribué en fin d’année par le facteur au moment de ce que l’on appelle les étrennes. Aujourd’hui, nous avons décidé de vous en dire un peu plus sur ce produit qui est très étroitement lié à notre histoire. Savez-vous qu’il existe depuis 1854 ? Que la réalisation de celui que vous avez peut-être chez vous a commencé il y a presque deux ans ? Cet objet du quotidien, si utile dans la vie de tous les jours, a demandé des heures de travail depuis sa conception jusqu’à son transport par votre facteur. Depuis plus de 150 ans, il exige des techniques de production très particulières. Sa fabrication est entièrement française.

Tout a commencé en 1854. François-Charles Oberthur, imprimeur d’origine strasbourgeoise, vient s’installer à Rennes en Bretagne en 1838. A 32 ans, il devient le patron de sa propre imprimerie et a beaucoup d’idées pour la développer. Au milieu de l’année 1853, après plusieurs années de recherches, il crée ce qu’il convient d’appeler le calendrier postal moderne. C’est un carton imprimé recto-verso avec un cahier spécial réservé aux informations du département : dates des foires et marchés, liste des communes, horaires des bureaux de postes… C’est cette idée de personnalisation qui va particulièrement bien marcher et intéresser immédiatement l’administration des Postes, qui, depuis la création de la première Poste en 1760 cherchait l’objet idéal à présenter au moment des étrennes. Dès 1859, l’imprimerie Oberthur est en charge de la fabrication de l’almanach pour 32 départements. L’année suivante, il obtient un monopole de fabrication pour 10 ans.

Pendant longtemps, l’assemblage des almanachs était entièrement manuel. Chaque ouvrier manipulait les almanachs trois ou quatre fois pour les assembler, et tout était collé à la main. Aujourd’hui encore, la fabrication des almanachs Oberthur dépend du savoir-faire de femmes et d’hommes mais également d’une machine unique au monde. Son petit nom c’est « Rubis ». Au coeur de l’atelier, cette encarteuse-piqueuse a été créée spécialement pour assembler nos calendriers, à partir d’autres machines existantes. Évidemment, nous la gardons secrète car c’est sans doute la seule machine de ce type au monde.

Les milliers de couvertures sont alors entreposées dans les meilleures conditions avant d’être assemblées à l’intérieur de chaque département.

Jeune fille observant un calendrier Oberthur
Étals de calendriers Oberthur
Plusieurs calendriers Oberthur

L’ORIGINE DE L’ALMANACH

L’idée de François-Charles Oberthur ne sortait pas de nulle part. Depuis la nuit des temps, les hommes ont vécu au rythme des jours et des nuits, au rythme des saisons. Très tôt, ils ont créé des calendriers, plus ou moins précis selon les époques et les régions du monde. Certains suivaient les cycles de la lune, les autres les cycles du soleil. Les premiers calendriers dateraient de 4000 avant J.-C.

Le mot calendrier vient d’un mot latin car chez les Romains, la calende désignait le premier jour du mois. Très tôt aussi, des almanachs ont circulé sous différentes formes, mélangeant le calendrier avec des conseils pour l’agriculture, des prédictions liées à l’horoscope, des poèmes, des conseils météorologiques ou des histoires drôles. On ne sait pas trop d’où vient le mot « Almanach » mais il pourrait être la dérivation d’un mot oriental signifiant « la lune ». Au fil du temps, il est devenu une sorte d’encyclopédie populaire. L’invention de l’imprimerie, au XIVe siècle, a largement généralisé la diffusion des almanachs.

L’ALMANACH : UN TÉMOIN DE SON ÉPOQUE

Avec ses dessins ou ses photographies au recto et au verso du calendrier, l’almanach a toujours eu une fonction décorative. Les gens l’achètent afin d’avoir des informations à portée de main mais il est très souvent accroché dans la cuisine ou dans l’entrée. Dès son origine, les illustrations ont eu une importance primordiale. Au fil du temps, elles ont reflété les époques, joyeuses ou tristes de l’histoire de France moderne. Celles du quotidien des Français. Regarder les anciennes couvertures des almanachs, c’est se plonger dans l’histoire de France. La Belle Epoque, les guerres mondiales, les coloris flashy des années 80… tout se retrouve sur les almanachs Oberthur !

Après la guerre de Crimée, la France connait une longue période de paix, de progrès social et industriel. Cette époque de prospérité et d’insouciance se reflète sur les calendriers. Femmes en tenue de soirée, scènes de chasse et de loisirs ornent les couvertures. Le sport comme le tennis, le cabaret sont à l’honneur. Les acheteurs sont plutôt aisés et aiment qu’on leur rappelle les plaisirs d’une vie plus facile que celle de leurs parents. On trouve des images de trains, de voitures, de métro, symboles de la modernité et du progrès.

Un ancien almanach Oberthur 1900
Un ancien almanach Oberthur 1905
Un ancien almanach Oberthur 1910

Malheureusement, cette période de bonheur insouciant ne va pas durer et la Première Guerre mondiale et son cortège d’horreurs pointe à l’horizon. Inévitablement, la guerre fait son apparition dans les calendriers. Une guerre proprette et nonchalante où les soldats défilent ou scrutent l’ennemi. La population « à l’arrière », celle qui achète les calendriers, n’a pas envie qu’on lui rappelle ce qui se passe au front. L’almanach devient un outil de propagande. Cela le restera lors de la Seconde Guerre mondiale. En 1941, le maréchal Pétain illustre le calendrier. En 1945, ce sera le tour du général de Gaulle.

Un ancien almanach Oberthur 1918
Un ancien almanach Oberthur 1945
Un ancien almanach Oberthur avec Charles De Gaulle 1945

Après la guerre, les Français n’ont plus envie de penser à des moments douloureux. Il faut faire table rase du passé et les imprimeries Oberthur l’ont bien compris. Les images deviennent plus légères. De jolis enfants, des animaux, des scènes de villages ou des vues de Paris prennent le devant de la scène, avec beaucoup de succès. Dans les années 60, les dessins sont abandonnés au profit de la photographie. Avec l’introduction des couvertures photographiques, les paysages de France font leur apparition. Jusque dans les années 80, aucun paysage étranger n’était toléré sur les photos ! Cela a bien changé aujourd’hui avec de magnifiques illustrations d’îles paradisiaques !

Un ancien almanach Oberthur de 1951
Un almanach Oberthur  de 1970
Un almanach Oberthur de 2013
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